La gratuité en cartes - 1/ Historique de la gratuité en France

Article publié le mercredi 29 janv. 2020

Afin de coller à l’actualité, l’Observatoire des villes du transport gratuit lance une série de cartographies inédites qui sera progressivement dévoilée sur son site jusqu’aux élections municipales de mars 2020.

En octobre dernier, les journalistes du Monde Éric Béziat et Olivier Razemon évoquaient dans un article l’« engouement de certains candidats aux élections municipales de 2020 pour la gratuité » tout en identifiant 70 villes susceptibles de proposer une forme de gratuité des transports publics suite à ces  élections. Face à l’ampleur du phénomène, l’Observatoire vous propose de comprendre les enjeux liés à la gratuité des transports en commun par le biais d’informations étayées sous forme de cartes. Ces cartes sont le fruit d’une veille documentaire, de lectures scientifiques ayant permis d’identifier des indicateurs clés et de cartographier la synthèse de ces informations.

Historique de la gratuité

La première carte présentée ici, intitulée L’historique de la gratuité des transports en commun, reprend les travaux de Sonia Guelton (université Paris-Est-Créteil) et Philippe Poinsot (L’université Paris-Est-Marne-la-Vallée) qui paraitront en février dans le nouveau numéro de la revue Transports Urbains, consacrée à la gratuité des transports. L’historique de la gratuité en France y est relatée selon une répartition des villes en quatre périodes : les précurseurs, le développement, la stabilisation et le renouveau.

Les précurseurs

La période des précurseurs, entre 1971 et 1995, comprend 6 villes. Elles sont relativement peu nombreuses puisqu’elles se développent dans un contexte marqué par une conception de la mobilité fondée sur la mobilité individuelle par la voiture.  Afin d’expliquer l’essor paradoxal de la gratuité dans ce contexte, Sonia Guelton et Philippe Poinsot indiquent que ce choix politique a été fait au nom d’une « promotion du socialisme ou d’une participation au développement économique et touristique ».   

Décliner l’effet tramway

La deuxième période, appelée « phase de développement », voit le passage à la gratuité de 24 villes de petite taille. Cette politique de mobilité peut être interprétée comme une déclinaison dans les petites villes de « l’effet tramway » tant recherché dans les plus grosses collectivités à la même période. Autrement dit, il s’agit de miser sur une politique de mobilité pour enclencher des transformations profondes de l’espace public des centres-villes. À noter l’exception de la ville d’Aubagne, passée à la gratuité avant la mise en place d’un tramway.

Le tournant de 2014

Se dessine ensuite une période de stabilisation, au cours de laquelle seulement 2 villes passent à la gratuité. Enfin, les élections municipales de 2014 sont l’occasion d’un retour de la gratuité dans les agendas municipaux. Certains candidats en avaient fait un argument de campagne comme le maire de Dunkerque, Patrice Vergriete ; d’autre l’ont mise en place par la suite pour répondre à une demande sociale (augmenter le pouvoir d’achat) comme c’est le cas à Calais, où la maire Natacha Bouchart a proposé la gratuité des bus comme une réponse au mouvement des Gilets jaunes en novembre 2018.

Des abandons

Ajoutons enfin que parmi les villes pointées sur cette carte, sept ne pratiquent plus la gratuité. Le transfert de la compétence transport vers les intercommunalités a entraîné la fin de la gratuité à Colomiers, Bar-le-Duc, Cluses et Muret. Après une gratuité totale, l’agglomération d’Arcachon propose actuellement la gratuité des transports en commun aux résidents qui en font une demande. A l’inverse, à la suite de problèmes financiers, la ville de Provins a fait le choix de réinstaurer une tarification. A noter que des intercommunalités de plus en plus importantes se lancent dans cette politique publique innovante qu’est la gratuité des transports en commun.

L’Observatoire proposera prochainement la suite de cette série avec notamment une carte des villes où la gratuité figure dans le programme d’au moins un candidat aux élections municipales.