Rendre le bus gratuit : workshop chercheurs-acteurs

Article publié le vendredi 16 oct. 2020

L'Observatoire des villes du transport gratuit organisait, vendredi 9 octobre 2020, un workshop consacré aux changements de pratiques et de représentations induits par la gratuité chez les acteurs publics et privés du transport.

Dans le cadre d'un projet Ademe TEES porté par l'association de chercheurs Vigs en partenariat avec l'Observatoire des villes du transport gratuit, une après-midi de débats et d'échanges d'expériences a réuni des professionnels des transports des villes de Calais, Châteauroux et Dunkerque. Nous vous proposons de prendre connaissance de la teneur des échanges animés par Julie Vaslin, chargée de recherche Vigs et coordinatrice du projet.

Table ronde "Autorités organisatrices de mobilité"

Participants : Xavier Dairaine et Didier Hubert (Communauté urbaine de Dunkerque), Alexandra Rivelon (Syndicat intercommunal des transports de l’agglomération du calaisis), Emmanuel Gerber (Châteauroux métropole).

Objectif de la table ronde : comprendre comment les autorités organisatrices de mobilité ont mis en œuvre la gratuité des transports en commun.

Présentation, réticences et premières difficultés

Le choix politique de la gratuité est à contre-courant des cultures professionnelles des techniciens transport des collectivités territoriales. Comment ces acteurs rompus aux méthodes de tarification sociale et de gestion de réseaux sont-ils parvenus à surmonter leurs réticences culturelles et techniques dans leurs services respectifs ?

Des histoires de contrats, de TVA et de cellules de comptage

Mettre en œuvre concrètement la gratuité, c’est expérimenter différents types de contrats liant autorités organisatrices et entreprises délégataires. Marchés publics, délégations de service public en régie intéressée ou en affermage, nos invités ont testé des solutions juridiques différentes et dressent le bilan des possibilités qu'elles offrent. Quel que soit le choix juridique effectué, l’impératif technique est le même pour tous : avec la gratuité, les modèles de comptage des usagers fondés sur la vente de titres (clés de mobilité) sont obsolètes. Il faut désormais compter autrement la fréquentation réelle des transports. Pour cela, la mise en place de cellules de comptage dans les bus a été la solution adoptée par les trois réseaux invités.

Financer la gratuité

Le choix polique de la gratuité des transports en commun pour les usagers est avant tout un choix financier. Dans quelles conditions s’est opérée, à Calais, Châteauroux et Dunkerque, le recouvrement des recettes de billetterie ? La réorientation du budget des autorités organisatrices et l’augmentation du versement mobilité (ex versement transport) sont maniés de différentes façons selon les territoires.

Evolutions des réseaux

Promouvoir la gratuité des transports en commun, c’est aussi investir politiquement le domaine de la mobilité. Intrinsèquement liée aux autres transformations des réseaux, la gratuité peut être considérée comme l’un des moteurs du développement des transports en commun dans les agglomérations. Retours sur les transformations des réseaux castelroussain, calaisien et dunkerquois, à l'occasion du passage en gratuité.

Expérimenter la gratuité pour anticiper la hausse de fréquentation

De la décision d'opter pour la gratuité totale à la mise en œuvre effective de la mesure, des étapes intermédiaires ont pu être adoptées par nos différents invités, comme la gratuité partielle. Ces phases de test, notamment à Calais et à Dunkerque, ont permis de réaliser une première estimation de l'augmentation radicale de la fréquentation des transports en commun qui allait advenir. Estimations qui, cependant, étaient loin de correspondre à l’explosion des chiffres de fréquentation constatée en réalité.

Table ronde "Entreprises délégataires"

Participants : Laurent Mahieu et Thierry Bulthé (Transdev Dunkerque), Florent Favier (Transdev Calais), Alexandre Flon (Keolis Châteauroux).

Objectif de la table ronde : comprendre comment les professionnels de l’exploitation d’un réseau devenu gratuit se sont adaptés, dans leurs organisations et dans leurs méthodes de travail, pour faire du passage à la gratuité le cœur de leur projet d’entreprise.

Des réticences fortes à la gratuité

Ecartelées entre des groupes nationaux parfois réticents à la gratuité et des salariés souvent effrayés par cette mesure, les PME de transport locales en charge de l’exploitation des réseaux gratuits ont dû imaginer des discours et des méthodes de travail inédites leur permettant d’appréhender ce changement dans la sérénité.

Conducteur de bus gratuit, un nouveau métier

Pour les conducteurs et conductrices de bus, les activités liées à la vente et au contrôle de titres à bord des bus disparaissent avec le passage à la gratuité. Historiquement conducteurs-receveurs, ils deviennent du jour au lendemain de simples « conducteurs » dont les missions d’accueil dans le bus se développent aux dépens des missions commerciales. Cette transformation du sens de leur métier est au cœur des discussions dans l’entreprise et imprègne la reconfiguration du dialogue social.

Fin des contrôles et de la vente de titres

Que deviennent, dans les réseaux gratuits, les agents en charge de la vente d’abonnements et du contrôle de titres ? Salariés des agences commerciales et contrôleurs restent dans l’entreprise et accompagnent autrement les transformations de l’organisation. Leurs nouvelles missions sont variées : développement de l’encadrement des conducteurs, contrôle de la qualité sur le réseau, réseaux sociaux ou marketing...

Objectifs, fréquentation et qualité

Gratuité rime avec augmentation de la fréquentation des transports en commun. Derrière cette observation, c’est aussi une tout autre manière d’appréhender la fréquentation des bus par l’entreprise qui est en jeu : comment compter ? Que faire des chiffres ? Il s’agit pour les entreprises délégataires de s’adapter aux exigences des nouveaux contrats qui les lient aux AOM, en améliorant autrement la qualité du service public qu’elles se doivent de rendre aux usagers.

Transferts de compétences

Les élections municipales de 2020 marquent un véritable tournant pour la gratuité des transports en commun. Une petite vingtaine de nouveaux édiles ont en effet prévu de mettre en place sur leur territoire des formes de gratuité totales. Difficile de dénombrer, tant ils sont nombreux, ceux qui instaureront des formes de gratuités partielles, sur des critères temporels ou encore d'âge. Dans ce contexte, les professionnels de l’exploitation travaillent ensemble à transférer, d’un réseau à l’autre, leurs expériences et leurs compétences, pour faciliter le passage à la gratuité ailleurs.

L'étude Vigs-Ademe sur les changements de pratiques et de représentations induits par la gratuité sur les acteurs publics et privés du transport étant en cours de réalisation, elle sera disponible sur le site de notre observatoire en février 2021.